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à deux

Je reviendrai

Nous nous sommes croisés au petit matin sur le sentier qui mène à la mer.

Je me baladais d’un pas tranquille, et elle marchait vers moi en soufflant fort, comme après une course rapide. Ses cheveux auburn étaient retenus par un serre-tête jaune fluo. De larges auréoles de sueur marquaient son tee-shirt noir. Elle devait avoir dans les quarante ans.

Lorsque je suis passé à sa hauteur, elle m’a regardé et j’ai esquissé un sourire, qu’elle m’a rendu aussitôt.

Les choses improbables arrivent toujours quand on ne s’y attend pas. Ce matin-là, je ne m’attendais à rien.

Surtout pas à ce que, cinq minutes plus tard, nous marchions ensemble vers la plage tout en bavardant comme deux vieux amis qui viennent de se retrouver.

Divorcée, pas d’enfants, et aucune envie d’en avoir, elle passait ses vacances sur l’île. Moi j’y vivais à l’année, après avoir quitté Paris et pris ma retraite de l’enseignement. Elle travaillait dans un laboratoire de recherches en informatique et parlait de son métier avec passion. Je l’écoutais, captivé par l’éclat de son regard et par le frémissement de ses narines.

— Et vous, vous enseigniez quoi avant ?

Alors je lui ai raconté ma passion pour la littérature, les textes anciens et les fictions surréalistes. Mes années passées à tenter de transmettre ce goût à des générations de lycéens dont beaucoup n’avaient que faire de Cortazar ou de Gabriel Garcia Marquez.

— Allons donc ! Je suis sûre que beaucoup vous écoutaient avec délectation.

J’ai bien aimé qu’elle emploie ce mot. Je n’aime pas parler de moi alors j’ai opéré une subtile transition vers tout ce qui pouvait nous délecter dans la vie. La cuisine par exemple. Comme moi, elle aimait la faire et la manger.

Nous étions arrivés sur la plage, déserte à cette heure matinale. L’eau de la baie était d’un vert puissant, comme celui d’une huitre des marais. Le soleil du mois d’août brillait dans un ciel bleu sans nuages.

— Vous comptiez vous baigner ? m’a-t-elle demandé.

— Pas spécialement, mais vous pouvez y aller. Je surveillerai vos affaires.

Elle a ri. Un petit rire cristallin qui allait bien avec le brillant de ses yeux. Le temps d’ôter son tee-shirt et de baisser son legging, et elle était en maillot de bain, un deux-pièces noir tout simple.

J’ai évité de trop laisser traîner mon regard sur la rondeur de ses seins et le galbe de ses fesses. De suite, elle a couru vers les vagues et a plongé tête la première dans le premier rouleau.

Lorsque plus tard, elle est sortie de l’eau et s’est dirigée vers moi, je l’attendais assis sur le sable, un large sourire lui éclairait le visage.

— Quelle idiote je fais ! Je n’ai rien pour me sécher.

J’ai ôté mon blouson en jean et je lui ai tendu.

— Tenez, ça sera mieux que rien.

Elle m’a remercié et a posé mon vêtement sur ses épaules.

Puis elle s’est assise tout à côté de moi en regardant l’horizon.

Nous sommes restés là sans rien dire, savourant ce moment suspendu.

J’avais très envie de lui caresser le bras, de goûter à sa peau douce et salée.

Une évidence commençait à poindre. Et lorsque j’ai senti sa paume se poser sur mon poignet, j’ai su que c’était partagé.

Nous ne nous sommes pas embrassés sur la plage. Plus tard, elle me dira qu’elle en avait eu très envie. Mais que non, elle préférait attendre.

Lorsque je l’ai invitée à passer chez moi pour boire un thé et prendre une douche, elle a accepté le plus naturellement du monde.

Ma maison se trouve à l’entrée du village. Dix minutes de marche et nous étions dans mon salon. Pendant que je surveillais la bouilloire, je la regardais qui passait en revue les livres de ma bibliothèque. Lorsque je suis revenu vers elle avec mes deux mugs à la main, elle m’a regardé et s’est mordu les lèvres.

— Question bête, mais, vous les avez tous lus ?

À mon tour de rire.

— Pas tout en effet. J’ai encore des lectures en retard.

J’ai vu qu’elle frissonnait légèrement.

— Allez donc prendre une douche. Cela vous fera du bien.

Je lui ai indiqué la porte de la salle de bains.

— Il y a des peignoirs accrochés à la patère. Les serviettes sont dans le petit meuble à côté des toilettes. Prenez votre temps. Je vous attends.

Je l’ai écouté chantonner sous la douche. Depuis combien de temps une femme n’avait-elle pas rempli mon espace de vie ? La dernière, cela devait remonter à deux ans. Je n’ai pas la mémoire des dates.

Quand elle est sortie de la salle de bains, elle était enveloppée dans un peignoir noir, la tête recouverte d’une serviette nouée en turban.

Elle est venue s’asseoir sur le canapé tout à côté de moi. Je lui ai tendu son thé et nos doigts se sont touchés. Cela m’a fait comme une petite décharge électrique. Vive et intense.

Elle m’a regardé, a laissé passer un silence, et puis elle m’a demandé si elle pouvait m’embrasser.

Ensuite, tout a été très lent, comme si le temps se distordait. Chacun de nos mouvements paraissait hésitant, et pourtant, nous savions parfaitement ce que nous faisions. Là où il fallait effleurer, là où un simple toucher suffisait.

Elle a défait les boutons de ma chemise, puis ceux de mon pantalon. J’ai écarté les pans de son peignoir. Sa peau était d’une douceur infinie. Ma main a glissé sur son ventre, descendant sans se presser vers le renflement de son sexe. Elle m’embrassait dans le cou tout en s’abandonnant contre moi.

— Continue doucement, m’a-t-elle encouragé. Cela fait si longtemps que…

— Et moi donc.

Elle a plongé son regard dans le mien.

— On dirait deux rescapés.

J’ai pensé qu’elle n’était pas loin du compte.

Elle m’a déshabillé avec précaution, ôtant un à un les bouts de tissus qui recouvraient mon corps. Puis elle a écarté son peignoir et est venue se coller contre moi, ses fesses tendues vers mon ventre.

Je bandais mollement et je m’en foutais. Elle aussi de toute évidence.

Nous sommes restés encore un long moment ainsi, savourant la chaleur de nos peaux. Puis elle a commencé à onduler contre moi, sans se presser, me faisant durcir doucement jusqu’à ce qu’elle emprisonne ma queue dans la fournaise de son sexe.

J’ai gémi. Elle aussi.

De nouveau, nous étions aux portes de la vie. Là où la pudeur cède la place au désir. Là où tout devient possible.

À peine si j’ai senti que je jouissais. Elle s’est raidie un instant, et nous sommes retombés dans une douce torpeur.

Plus tard, elle s’est rhabillée et au moment de partir, elle m’a dit que c’était son dernier jour de vacances. Que demain, elle prenait le train pour Paris.

— Mais si tu en as envie, le week-end prochain, je reviendrai.

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