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le balcon

Mon beau-père, je l’ai toujours détesté. J’y peux rien, il m’a débecté dès le début. Lorsque mon père a quitté la maison, j’avais à peine dix ans, ma mère a vite trouvé par qui le remplacer. Je ne lui en ai jamais voulu pour ça. J’étais encore gamine mais je sentais déjà comment un mec pouvait devenir indispensable à la vie d’une femme. Je trouvais ça débile mais bon…

Si encore il avait été beau. Mais non, même pas. Un petit gringalet, un peu plus jeune que ma mère et pourtant avec déjà un visage de vieux. Jamais rasé et les cheveux gras. Je me demandais ce qu’elle avait pu lui trouver. Mes copines pensaient qu’il devait assurer au lit. Je préférais ne même pas imaginer.

Au début, il a bien essayé d’être gentil avec moi. Il m’emmenait au parc, il me payait des glaces et des burgers et il me poussait sur la balançoire en riant. Moi aussi, je riais, bien sûr. Sauf qu’avec le temps, ses mains ne s’appuyaient plus trop sur mes épaules mais carrément sur mes reins, et puis plus tard, direct sur mes fesses. Et j’aimais pas trop ça.

Quand mes seins ont commencé à pousser et que mon cul s’est arrondi, ce fut pire encore. J’avais droit aux blagues poisseuses et aux regards obscènes. Plus question de me balader en culotte dans l’appartement et je fermais la porte de la salle de bains à double tour quand je prenais ma douche. La moindre occasion lui était bonne pour me mater, même devant ma mère qui ne voyait rien. Elle trimait comme une malade et lui se la coulait douce sur le canapé à picoler ses bières. Quand elle rentrait du boulot, crevée comme jamais, elle me serrait fort contre elle et me demandait comment s’était passée ma journée. Je lui racontais, mais pas tout bien sûr. Des fois j’inventais.

Plus le temps passait, plus ses mains devenaient baladeuses. Je le repoussais aussi fermement que possible à chaque fois, ce qui le rendait encore plus agressif. La tension montait entre nous et en prévision d’une éventuelle bagarre, je mettais en pratique tous les jours les conseils de musculation d’un tuto sur YouTube.

Parfois, il m’invitait à rester à côté de lui sur le canapé du salon pour regarder la télé. Une de ces conneries de télé-réalité où des bimbos idiotes et des bellâtres crétins étalent sans honte leur connerie crasse autour d’une piscine. Jusqu’au jour où il a zappé sur une chaîne de porno. Et là ce fut l’enfer. J’ai voulu me lever mais il a posé sa main sur mon épaule et m’a fait me rasseoir. Tétanisée, je suis restée raide comme un piquet à côté de lui. Face à l’écran où s’agitaient de pauvres marionnettes sans vie, je me sentais pleine d’un vide glacé. Quand il a pris ma main pour la poser sur la bosse de son pantalon, j’aurais voulu disparaître, j’étais morte de honte. Comment raconter ça à ma mère ?

Des histoires comme la mienne, des pères ou des oncles libidineux, je savais que ça arrivait. L’an dernier au collège, une de nos copines s’était jetée sous un train après avoir laissé un dernier mot d’adieu où elle expliquait le pourquoi de son geste. Son grand-père n’avait pas été inquiété. Sauf que moi, j’étais bien décidée à ne pas mourir.

Nous habitons un immeuble en lisière de la cité, en bordure de forêt. Au dixième étage sans vis-à-vis. La vue sur la marée d’arbres est impressionnante. J’aime bien venir sur le balcon regarder le soleil se coucher. Ça me donne envie de partir un jour, loin d’ici. Quand il ne picole pas, mon beau-père prend des médocs qui le rendent encore plus idiot. Il soigne une dépression chronique semble-t-il. Lui aussi s’accoude parfois au balcon à l’heure où finit le jour. Une canette de bière dans une main et une cigarette dans l’autre, il somnole devant la beauté du monde.

Ce soir-là, quand il m’a forcé à regarder ce porno avec lui, j’ai réussi à m’en sortir en prétextant une furieuse envie de pisser. Sur la promesse que je reviendrai, il m’a laissé partir et lorsque je suis revenue au salon, je l’ai retrouvé accoudé au balcon. Comment l’idée m’est venue ? Impossible à dire. Mais je me souviens parfaitement de ce que j’ai fait.

Je me suis approchée de lui par-derrière, je l’ai saisi par les mollets et je l’ai soulevé aussi fort que je pouvais. Son corps chétif a basculé dans le vide comme un gros sac de merde.

Après, il a fallu consoler ma mère. Je lui ai dit qu’elle en retrouverait sûrement un autre. Un plus gentil.

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