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Remembrances#26

Te souviens-tu du jour où tu m’as dit :  Désolée, mais je dois partir. Je te ferai signe. Tu n’en as rien fait, bien entendu.

Il faut préciser que les circonstances étaient spéciales.

Nous nous étions séparés depuis presque un an et pourtant, nous continuions de nous voir. Le plus souvent à l’hôtel, jamais chez toi, rarement chez moi. Parfois un ami me prêtait son appartement pour l’occasion.

Je venais d’acheter un studio sur un grand boulevard parisien au premier étage d’un immeuble où avait habité le compositeur Darius Milhaud. Une plaque à côté de la porte d’entrée en témoignait. Tu m’y avais rejoint en fin de soirée et comme les draps froissés en tous sens l’attestaient, la nuit de retrouvailles avait été agitée. Depuis notre rupture, les rendez-vous étaient sauvages. En giclant alors que tu me chevauchais, ta jouissance avait formé un large cercle dont le matelas devait longtemps garder le souvenir.

J’avais dépassé la trentaine et j’entrais dans l’âge des incertitudes. Toi, tu avançais dans tes désirs et je n’avais rien remarqué. J’aurais dû pourtant. La dernière fois, nous étions à l’hôtel, et pendant une pause, tu avais pris une douche en laissant la porte grande ouverte. Avant de faire couler l’eau, tu avais écarté les jambes et tu avais pissé face à moi en me regardant droit dans les yeux. Toi qui du temps où nous vivions ensemble prenais toujours soin de fermer la porte de la salle de bains, j’en étais resté bouche bée.

Et puis il y avait ces marques sur tes fesses.

Je ne les ai remarquées qu’une fois passé le premier round de nos ébats. Tu reposais allongée sur le ventre et comme je te caressais le dos, ma main a glissé vers tes reins et tu as gémi. Ta peau était encore rougie de stries qui te zébraient la croupe. Alors tu m’avais expliqué, ton nouvel amant et ses goûts qu’il te faisait partager.

J’écoutais tes mots et je ne les comprenais à peine. Tout cela me paraissait si loin alors.

C’est à ce moment que j’ai entendu frapper à la porte. La voisine peut-être ? J’ai enfilé mon jean et je suis allé ouvrir.

Devant moi se tenait un bel homme âgé. Costume trois-pièces, une canne à la main, les cheveux blancs peignés en arrière et une barbe taillée courte.

Il m’a tendu une carte en me demandant de te la donner. Puis il a tourné les talons et s’est éloigné dans le couloir.

Le bristol à l’entête du ministère des Affaires étrangères portait ce simple mot écrit à la main : Pourquoi ?

Interloqué, je suis retourné vers le lit où tu m’attendais. Lorsque tu as lu le message, d’un coup ton visage a changé. Il portait un voile d’angoisse que je ne connaissais pas. Tu t’es précipitée nue à la fenêtre que tu as ouverte en criant Michel, pardon. Attends-moi, j’arrive !

Tu t’es rhabillée fébrilement et tu m’as juste dit que tu m’appellerais plus tard. Ce que tu n’as jamais fait.

Nous ne le savions pas, mais c’était la dernière fois que nous faisions l’amour. Plus tard, j’ai reçu ton faire part de mariage un matin où je partais une nouvelle fois pour la Grèce.

J’ignore bien sûr si tu te souviens de tout cela. Mais moi oui, je m’en rappelle encore.

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